Richard LAILLIER

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"Du noir faire jaillir la lumière"   

 

L'exposition est visible sur le site Aralya : http://aralya.fr/news/richard-laillier-nathalie-bouzon

 

Richard LAILLIER

         1961, Richard Laillier autodidacte, est attiré tout d'abord par la musique après une première rencontre en 1977 avec le musicien Michel Sikiotakis avant de commencer à peindre puis à photographier. 
          Sa première exposition personnelle se tiendra en 1986 au théâtre du Ranelagh où sa grand-mère avait été ouvreuse.

          En 1990, un ami lui fait découvrir le dessin et c'est en effaçant à la gomme un trait de mine de pierre noire malencontreux qu'il réalise son premier dessin avec ce médium qu'il ne quittera plus, recherchant  dans le noir la lumière des corps. Son travail en dessin est exclusivement axé sur le corps humain, quelques incartades animalières puis il s'est développé depuis 2003 en un ensemble de séries et de textes "Théorème de l'assassinat" qui trouvera son aboutissement par la présentation en novembre 2008 de l'exposition "Reliques".

          Parallèlement au dessin, Richard Laillier étudie la machinerie de théâtre. Après avoir travaillé comme accessoiriste puis machiniste notamment au Théâtre de la Ville et au Théâtre du Châtelet. Il intègre en 1995 la machinerie de l'Opéra National de Paris. A la suite d'une première scénographie à Nancy en 1993 au Théâtre de Lillebonne, il est contacté par le metteur en scène David Géry pour lequel il signe la création graphique et la création machinerie du "Britannicus".

          Après plusieurs publications, scénographies, installations, performances et "entretiens" Richard Laillier continue à exposer son oeuvre dessinée dans le cadre de plusieurs expositions personnelles et collectives et lieux institutionnels.

 

Performance de Richard Laillier le 21 avril 2015 chez Ories

"L'homme sans trait"

 

 

     Détracement

 

Comment fait-il pour supporter ces figures ?

Il revient souvent en cet endroit inhospitalier. Il n’est pas sûr cependant qu’il aime ce lieu.

D’un geste sec, rageur, il déline une tête, exactement à hauteur de son propre visage.

A grands traits - gestes courbes, larges mouvements circulaires - il dépose la matière, lessive de noir la surface.

Le bruit de craie érafle, éraille le carton.

Puis, il passe un chiffon qui unifie les traces irrégulières de la pierre noire.

 

J’écoute plus que je ne regarde.

Je suis attentif aux bruits, à ses gestes, à son rythme, à son souffle.

 

Le carton s’imprègne de suie. Il frotte. Il caresse. Le chiffonnage régulier de la surface produit un bruit de pluie doux et continu.

Dans l’écoute de ses gestes, je suis captif d’un lent vertige.

 

A l’aide d’une feutrine, il brosse la surface, il égalise.

Lustrée, la surface noire renvoie une lumière beaucoup plus claire, une lumière d’un gris très doux surgit, un gris brumeux, un halo de gris, une buée de gris. Une flaque de gris. Un reflet.

 

Il charbonne.

Sa chorégraphie lente et précise devant la toile.

 

Un torse se pose littéralement sur le silence – y trouve son appui.

Vapeur blanche d’une figure naissante, une vapeur de corps.

Une brume gelée serait peut-être la matière de celui qui vient, une brume cristallisée.

 

En bas du tableau, la houle, le plissement d’un paysage géologique.

 

Griffure sèche du stylet.

Des coulées d’un noir plus sombre, giclures de sang noir.

 

Le chiffon effleure.

Le bruit mat cialis generique de la craie noire sur le carton épais, éponge le bruit.

Venue d’une tête penchée, courbée, lourde, lisse, pesante.

Il gratte, recouvre, estompe les vagues géologiques du bas du tableau. Doux frottage. Recouvrement, effacement, ponçage.

Il peigne le tableau comme une chevelure.

Rondeur d’un crâne, d’une tête lourdement penchée, concentrée, versée en soi. Sensualité d’une épaule ronde. Apparition d’une musculature. Presque une figure classique érigée sur un socle de pierre. Il s’interrompt, s’entretient longuement avec l’apparition. Est-ce cela le moment piège dont il me fait part ? La menace serait donc une forme reconnaissable, parlable, serait cet avilissement des choses et des êtres par leur signification ? Détruire le bel inconnu né de la poussière. Violenter la figure apparaissante. Préserver une certaine image trouble, une image offerte aux regards sous la forme d’une promesse, d’une indécision terminale,  qui serait plutôt ce qui ouvre l’appétit que ce qui permet de le satisfaire. Oui, une image qui ne ferait pas voir, qui serait une ouverture passant avant toute figure.

Obstination posée dans la tourmente.

Que cherche-il à retrouver ? Quelle jouissance, quelle nécessité, quel apaisement ? Quel exorcisme ? A quoi obéit-il, se soumet-il ? A quoi consent-il, avec qui s’accorde-t-il ?

La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis assurer mon objet. Il va trouble et chancelant, d’une ivresse naturelle. (Montaigne)

Il a le sentiment d’avoir perdu une chose inconnue. Il est à la poursuite de cette perte, espère la confondre. Tout entier innervé par le secret de son geste, lui accordant une confiance insensée, il se cherche une consistance, une densité. Son corps est cette apparition évanouissante sans cesse rejouée qu’obstinément il détrace : une brèche, un creux, une brisure dans le mur, un trou, un vide, un rien.

 

Il descend dans la nuit, perce l’image pour l’enfouir dans le souvenir. Son geste est une invitation à rejoindre la préhistoire visuelle, ce qui précède l’image, son apparaissance.

 

Dans un jour âcre, il entaille et retaille le noir. Le brossage fait revenir ce reflet étrange d’une cire, la soyance lustrée d’une peau de cheval pansée. Gommage à nouveau. Balayage, balayage encore. Agitation dansante. Et de nouveau ce halo gris.

 

D’où provient cette lumière ?

 

Texte de Pierre-Antoine Villemaine

 

Expositions collectives

2013 – Paris vs Bucarest – Museul de Bârlad, Roumanie

            Accrochage, Galerie Guigon, Paris - Off  art fair, Galerie Koralewski,

2012 – St’art – Galerie Koralewski, Strasbourg

            Paris vs Bucarest – Museul al Hartilor, Bucarest

            Mosaïques – Christian Noorbergen, Pont Sainte Marie

            Art Vidéo – Chapelle Sainte Anne, Tours

            Rencontres d’été - Galerie Koralewski, Paris

            Salon de l’estampe et du dessin, Grand Palais - Galerie Koralewski, Paris

            Animalité – Chapelle Sainte Anne, Tours

            Accrochage – Galerie Guigon, Paris

            Id – Entité – Le Simo/Musée Jean de la Fontaine – Château Thierry

            Artistes aux Serres d’Auteuil – Mairie II me Ardt Paris

2011 – Voir… Revoir…. Galerie Koralewski, Paris

            Mythes et Symboles, Galerie Koralewski, Paris

            Salon de l’estampe Paris, Galliera del Leone

            Corps et Ames, Galerie Koralewski, Paris

            Sans titre, Galerie Guigon, Paris

2010 – Sans Titre, Galerie Guigon, Paris

            Salon Chic, dessin, Galerie Koralewski, Paris

            Salon de l’estampe, avec la Galleria del Leone, Grand Palais, Paris

            Art on Paper, avec la Galleria del Leone, Bruxelles

            Art Elysées, avec la Galleria del Leone, Paris

            Alfred Kubin et vingt créateurs contemporains, Abbaye d’Auberive France

            Œuvres sur papier, Galerie Guigon, Paris

            Pandemonium, Galerie del Leone, Galerie Metanoia, Paris

            A corps et à Travers, Espace Eqart, Marciac          

2009 -  Salon de l’estampe, avec la Galleria del Leone, Grand Palais, Paris

2008 – Salon de l’estampe, avec la Galleria del Leone, FGrand Palais, Paris

2007 – Premier salon du dessin contemporain, Galleria del Leone, Paris

            Salon de l’estampe, avec la Galleria del Leone, Grand Palais, Paris

            Intranquille Amour, Galerie Polad Hardouin, Paris

2006 – Loft 0044, Paris et Travers N°1 L’Antigalerie, Paris

2004 – Vision des ténèbres Anna et Piotr Dmochowski, Czestochowa, Warsaw

            Gdansk

            L’Enfer me ment, L’Imprimerie 168, Paris

2003 – Préludes…Préludes…. Galerie Koralewski, Paris

2002 – St’art, Galerie Koralewski, Strasbourg

2001 – Art Paris, Carroussel du Louvre, Galerie Koralewski, Paris

            Galerie Henri Bussières, Paris

            Pourquoi vous faites cette tête-là ? Galerie Poirel, Nancy

2000 – Préludes…Préludes… Galerie Koralewski, Paris

            Art Paris, Galerie Koralewski, Paris

 

 

 

De Richard Laillier "Au hammam", fragment

 

 

 

Nu masculin (30 x 10) 1999

            "Tout semble commencer normalement : des notes écrites, des croquis puis la page blanche.

            Là, l'ordre des choses s'inverse et tout commence dans le noir, par le noir, presque pour le noir.

            Tout pour ne pas avoir à penser aux figures, à tout ce que l'obscurité confond et qui réclame, tout pour ne pas éclairer les ténèbres : plisser les yeux et voir dedans.

            Les ombres ont une lumière qui ne réfléchit pas à ce qu'elle illumine.

            Ne pas se contenter de la surface du noir, aussi des choses ; prendre le temps des yeux, le donner aux regards, le redonner aux choses.

            Tendre les yeux.

            La pierre noire pour effacer la lumière, la gomme pour retrouver ce que j'ai perdu dans l'obscurité." R. L.

 

 

 

 

 

 

Transi 01 (120x80) 2000

 

 

 

Attitude (40 x 60° 2011

 

 

"De l'aire d'Aphrodite" Etude 26 x 18

 

 

"Relique 14" 125 x 183

 

 

"Relique 20" 120 x 45

 

 

"De l'aire d'Aphrodite 10" 40 x 30 cm

 

 

 

"L'enfer me ment 50 " 28 x 32 cm