ZLATO GLAMOTCHAK

Sculpteur, dessinateur

Zlato Glamotchak vit et travaille à Montreuil où se sont installés de nombreux artistes. Très attaché à son pays d’origine, il a conservé des liens avec les artistes de ce pays et à ceux qui ont émigré à travers le monde comme Dimitrije Popovic et Dado qui ne s’y était pas trompé et l’avait invité à exposer en 2009 dans la chapelle de Gisors qu’il décorait de ses Jugements derniers.

Glamotchak dessine et son travail a été couronné par le prix de l’exposition internationale de Skopje en 2012.

Il sculpte et modèle admirablement l’argile qui entre ses mains prend des formes qui ne sont pas décoratives qui peuvent heurter notre sensibilité mais l’œuvre qui naît de ses mains d’artiste est un dialogue avec son public, elle n’a pas besoin d’un discours, pas d’explication, elle parle d’elle-même. Zlato Glamotchak nous livre ses blessures, celles de son passé, celles de ses angoisses pour pouvoir peut-être un jour être libéré de toutes ces images qu’il ne peut oublier.

Séléction d’oeuvres

Lost in Black
2010

Bois Flottés
2010

Textes

Son texte portait sur le travail de Zlatko GLAMOTCHAK

Blêmes, blancs, bras ballants et muscles saillants. Dilemmes vivants, les Golems de Glamotchak sont souffrants, en sang et nécessairement dérangeants tout comme son Evèque fou piétinant des entrailles.
Dans un premier temps, ces êtres dégouttants happent le regard du spectateur devenu subitement voyeur tragique, qui oscille entre attirance et rejet, dans un mouvement incessant, hypnotique. Ils l’emprisonnent et c’est violent, l’attachent, le lient. Font de lui soit un bourreau, soit une victime, mais ne laissent aucunement indifférent.
Ils font de nous, être de chair et d’esprit, j’espère … des êtres réfléchissants. Non seulement des êtres miroir, mais des êtres qui s’interrogent. Au regard de ses sculptures qui dérangent, ces dernières nous transfigurent. Sur nous, elles agissent.
Pourquoi ?
C’est parce que Glamotchak abolit la distance.
Tout d’abord, en choisissant la sculpture, ses trois dimensions et l’échelle 1, cette proximité dans la taille et le volume qui fait écho à nos corps. Cette sculpture qui devient rare, parce qu’encombrante, à l’heure des galeries minuscules pour cause de surenchère immobilière. Face à face avec ces homoncules, nous sommes face à nous-mêmes.
Ensuite, en montrant avec réalisme ces êtres angoissants nous offrant leur nudité, aussi démunis qu’un nouveau-né. Cette innocence martyrisée. Rien ne manque, c’est précis, ciselé, finement étudié.
Le mécanisme est huilé. A nous de l’analyser, d’aller par-delà le choc procuré.
En abolissant la distance entre l’œuvre et le spectateur, Glamotchak le responsabilise. Il n’est plus question d’objet, mais bien de sujet. Le spectateur se retrouve prisonnier de son propre regard. Qu’il le détourne, et c’est condamnable abandon. Qu’il l’appuie et c’est innommable attraction.
Rares sont ces œuvres aujourd’hui dont la force réside dans l’ambivalence. Non pas vides de sens ou au contraire saturées d’évidence. Glamotchak nous laisse interdits. Aussi ahuris que ces sculptures en torture, en folie. Il évoque le pire, l’horreur cachée, nous la rappelle, terrorisé qu’il est par la capacité de l’Homme à détruire. Sans doute ne s’en remet-il pas. Nous non plus.
Dans un second temps, ses sculptures toxiques forcent notre esprit à l’analyse critique.
Glamotchak nous ferait presque oublier qu’il fait œuvre.
Qu’il travaille admirablement l’argile, la modèle, la presse, la force, la caresse et qu’entre ses mains de sculpteur, il lui donne forme et donne forme à nos peurs. Qu’elle est matière à l’origine. En indiquant uniquement « Polyester » sur le cartel qui mentionne le titre de la sculpture et la technique employée, il tait la terre comme une relation intime, pudique qu’il est. Magnifique mise en abîme. Mais elle est bien là, à la genèse de ses créations, cette terre qu’il recouvre de couches de plâtre pour en faire des moules qui serviront ensuite à la création plastique de ce que nous verrons, dans les vapeurs méphitiques de styrène, de la résine polyester. Inanimée matière ?
Car il ne faudrait pas manquer d’évoquer le talent indéniable de cet artiste du Monténégro, ami de Dado. Au-delà d’une image forte du corps sous toutes ses coutures, il est question de dextérité, de technicité où le corps de l’artiste est mis à mal, son pronostic vital engagé. C’est un rapport physique qu’il ne faut pas oublier. Un combat à mener. Dans les émanations toxiques, il ébarbe, polit, colore et peint. Car il est peintre aussi.
L’attention, la tension que génère son travail est le résultat d’une connaissance anatomique sans faille. Aurait-il disséqué des cadavres ? Non, nous dit-il, quelques gouttes de sang et le voilà inconscient. Chaque corps fait signe de résistance, alors que chaque muscle, chaque tendon semble étiré à la limite de la rupture. Chaque veine évoque le combat de la vie et de la mort. Chaque saignement, chaque écoulement placé avec précision, dénoncent la traction et l’attraction toute terrestre où les fluides cheminent vers le bas, le sol, alors que le cou, la tête et la bouche grande ouverte happent l’air dans un mouvement opposé. Chaque touche de peinture participe à l’effet dramatique.
Glamotchak exprime dans le silence, la révolte, la résistance. Il est question d’inspiration comme de respiration. Il nous dit la vie, sa fragilité, sa beauté. Il fait œuvre d’Humanité.
Dans ce monde où, à cause d‘une manipulation perverse, le contraire de la tolérance, à savoir l’intolérance, n’existe plus, mais porte (déguisé), le même nom : tolérance (zéro), cet artiste s’indigne, nous rappelle au monde. Le spectateur d’abord stupéfié, puis agité de mouvements contradictoires, soudain sent, ressent dans sa poitrine, ce battement oublié, à peine audible, qui s’agite, celui de son sang qui palpite.
Il nous redonne vie, comme ces quelques artistes jusqu’au-boutistes, sans concession, sans calcul, qui ont une vision, qui prennent position, engagés quelque soit l’air du temps ou le sens du vent.
Quel talent !
On aimerait tellement être bousculés plus souvent aussi intelligemment !!!

ACUTI Docteur es Art et Science des Arts, Sculpteur et Auteur

La troisième heure :
Eclaircissement sur le sacrifice

Lorsque le Christ, après le chemin du calvaire et le supplice au Golgotha, expira sur la croix, s’étant écrié que le Père l’avait abandonné, il y eu comme une éclipse totale de l’univers. Ces épisodes relatés par les Evangiles ouvrirent l’horizon qui, de la vanité apparente du sacrifice du sacrifié à la résurrection du Sauveur et à son assomption furent le levain d’une chrétienté qui façonna le monde à son image. La prédiction de la croix, pure folie pour ceux qui périssent, devint ainsi pour Saint-Paul, preuve de la puissance de Dieu pour ceux qui ont sauvés et gagnent le salut.

Mais ils tournèrent aussi la face profane des hommes et des artistes vers un imaginaire puissant qui marqua de son empreinte indélébile toute l’histoire de l’Art. Du plus haut Moyen-Age théophanique et primitif jusqu’à nos expressionnismes modernes et engagés.

Déjà, le retable de Mathias Grünewald édifié à Issenheim entre 1512 et 1516 par ce contemporain de Cranach, Holbein et Dürer concrétisa une volonté d’expression totale, une intensité dramatique et une part de fantastique qui tracèrent la voie de bien des peintres et des courants picturaux.

Cette exposition collective en perpétue ainsi la forme et l’intention. Au-delà de son aspect spectaculaire, elle tente avec succès d’établir une unité de propos au travers de la diversité et de l’éclectisme des œuvres soumises à son regard.

Car c’est lorsqu’il y a, en nos cœurs vides des profondeurs intimes et surnaturelles d’où sortent d’inexprimables gémissements. C’est lorsque nous essayons de rire entre personnes bien élevées devant le spectacle d’un monde en perdition. C’est lorsque les métaphysiques deviennent impuissantes et que les messianismes prometteurs se relèguent aux oubliettes des Temps Ordinaires.

Et que l’avenir dure trop longtemps vouant les parousies à la caducité, que les peintres et les sculpteurs nous prennent à la fois aux tripes et à l’âme. Dans ce saisissement qui nous pousse à considérer, à l’instar de René Girard (la Violence et le Sacre) que le sacrifice, expression de la plus souffrance, est pur paradoxe puisqu’il a pour dessein la conjuration de la barbarie intrinsèque aux peuples divisés et aux civilisations mortelles. Dans une trilogie et un croisement des origines qui réuniraient Oedipe, Dionysos et Jésus-Christ dans une préscience de la symbolique universelle de la Croix.

Cette croix et ce mystère qui ressurgissent des profondeurs archétypales de notre inconscience collective et que les artistes brandissent derechef quant les grandes religions du Livre dépérissent laissant l’île de l’humanité à la dérive.

Et de tous les créateurs ici présents (les citer) invoquent à l’envi pour l’Homme, la Création et l’Animal, dans la plus grande fécondité des styles, des techniques, des matières et des propos. Associant la dureté implacable du métal à la légèreté de la gouache, le baroque torturé d’une statuaire héritée d’une goétie cathédralesque au hiératisme d’une facture qui fait écho au quattrocento.

Si Apollinaire nus disait que la pupille est « Christ de l’œil », pourrions à notre tour dire que le regard des peintres et des sculpteurs est figuration d’un possible Christ, simple trace laissée au linceul et pure image de vérité, afin qu’au-delà de la souffrance et de la mort, nous puissions retrouver la fraternité des hommes.

Xavier Durrafour, le 12 mars 2019

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