Denis POUPPEVILLE

< Retour à la liste des artistes

 

"C’est comme si le personnage était un observateur direct et privilégié de sa propre existence et de celle de ses comparses."

Laurent Benoist

 

 

« Peintre, dessinateur et illustrateur, petit toucheur à l'esprit entre deux siècles, le XVIIIe et le XIXe, rétif à l'art dominant, 

ce que j'aime en peinture c'est que les choses sont immobiles, silencieuses, et en même temps,

elle entraîne l'imagination, le voyage à travers une pensée que je souhaite jubilatoire. »

 

DENIS POUPPEVILLE OU LES CARNAVALS DE BABYLONE

    Finalement, depuis la mort de l’académisme, il n’y a que deux manières de peindre : celle d’abord, qui consiste à privilégier la forme pure, la couleur totale en les rendant signes et concepts. Quitte à évoluer vers une signalétique ou une sémiologie et à faire du matériau que constitue la toile un substitut de la conscience. Ce qui revient à être « moderne », la modernité étant une vocation irrépressible et effrénée à vouloir briser la relation entre le sujet et l’objet. Au moment même où les phénoménologies les plus éprouvées tentent d’ouvrir une voie providentielle vers l’élucidation. L’autre, ensuite et toujours, qui consiste à se faire démiurge et à risquer un monde inédit après avoir trouvé son vrai climat et ses moyens originaux, ce qui implique recherches, tâtonnements et tergiversations préalables. Ce qui pousse, par ailleurs, à renaître dans la chaîne ininterrompue des métempsycoses d’un baroque et d’un expressionnisme chargés d’archaïsmes qui font de l’artiste un ventriloque de l’ombre. Celle qui se tapit sournoisement, en dépit de nos dénégations plus ou moins objectives, dans nos prétentions inchoatives d’en finir avec la souffrance et la barbarie.

     Denis Pouppeville appartient évidemment à cette deuxième possibilité du peindre.

   Sous certains aspects, il procède de ces univers fourchus, foisonnants et buissonneux qui remontent aux grands illustrateurs, graveurs et caricaturistes que furent Rodolphe Bresdin, Honoré Daumier ou Gérard Grandville, adeptes à la fois du réalisme, du drolatique et du fantastique. Comme eux, Pouppeville a besoin de dépasser la réalité immédiate pour la transfigurer par l’outrance, au moyen de ce qu’un Alfred Jarry, père de la pataphysique, cette « science » que constitue la recherche perpétuelle et rigoureuse de la solution imaginaire, appelait le « don de narquoisie ». Car Pouppeville, on le voit bien, nous présente un monde ironisé, à la fois empli de tendresse et de cruauté, de laideur et de fantaisie, de pauvreté et d’exubérance qui font comme une tératogenèse de cette libido explosive des miséreux et des laids, ceux d’un Jehan Rictus soliloquant dans l’obscurité dans l’attente érugineuse et fuligineuse des fureurs révolutionnaires.

   Sous d’autres, il s’affilie à cette tradition, dûment sociale et humaniste, de la farce, du carnaval et de la geste populaire qui réuniraient dans un maelström crayonné à la mine de plomb ou jailli de couleurs détrempées, les imagiers médiévaux, les frasques rabelaisiennes, les errances don- quichottesques, les éclats histrioniques d’un capitaine Fracasse ou d’un Cyrano de Bergerac, les éructations désespérées d’un Léon Bloy, comme les tentatives plus tortueuses d’un Chaïm Soutine ou d’un Constant Permeke qui rameraient sur les bancs de nage grinçants d’une galère kafkaïenne. 

Xavier Duraffourg

 

 

... chez Denis POUPPEVILLE se mêlent personnages insolites et grotesques, mi-hommes mi-bêtes dans une truculente mascarade. Denis Pouppeville s'inscrit dans la lignée des expressionnistes flamands, James Ensor, Permeke... Son dessin mêle encres, aquarelle, gouache au gré de la plume ou du pinceau. Daumier n'est pas loin : l'humour et le sarcasme mènent la danse dans une atmosphère jubilatoire.

Dossier de presse de l'exposition  L'Ange du Bizarre,( janvier- février 2016. Galerie d'Art d'aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'antichambre

 

 

 

 

 

 

L'Antichambre

 

 

 

"La robe blanche" 2014 - 55 x 46 huile sur toile.

« C’est comme si le personnage était un observateur direct et privilégié de sa propre existence et de celle de ses comparses. A côté de ses pompes, en somme, à condition qu’il s’agisse de celles de Van Gogh . »

 Laurent Benoist 

 

 

 

 

 

 

"L"élégante et le garde du corps" 2018 - 100 x 50 huile sur toile.

"Pouppeville est réputé pour être inclassable, ni tout à fait peintre, ni tout à fait dessinateur, ni tout à fait « tout » ou « rien ». Et pourtant… La richesse et la complexité des mélanges de supports et de matériaux ont toujours libéré l’artiste de toute contrainte."

 

 

"Le grand souriant" 2016 - 54 x 65 huile sur toile.

 "D'autres se font clowns, drôles et inquiétants, pour enlever la belle Tutu Mauve. Quelques-uns jouent de la grosse caisse ou du violon. Quelques-uns balaient. Quelques-uns boivent. Quelques-uns cassent des bouteilles à coups de revolver. Quelques-uns sont des assassins. Mais la plupart ne font rien. Ils attendent, inquiets. Ils ne savent pas ce qu'ils attendent. Ils ne savent pas ce qu'ils espèrent. Ils espèrent sans doutequ'il ne se passera rien, que tout restera comme avant. Ou plutôt ils n'espèrent. Ils sont là, c'est tout. Ils sont assis, c'est tout. Ils regardent devant eux, c'est tout. Ils sont immobiles, silencieux. S'ils ouvrent la bouche, c'est plutôt pour mordre que pour parler. Nul ne sait s'ils pensent ou s'ils ne pensent pas. Mais ils souffrent parfois. Et ils ont pitié parfois de ceux à qui ils font du mal. Car, dans mon pays, nous sommes nuisibles, mais sensibles". Puis, l'homme des îles Pouppeville sourit, d'un étrange sourire. Il reste tendu, anxieux et murmure : : "Moi,ça va! Moi, ça va ! Si, si, je vous assure. Je vais bien. Très bien. Dans nos îles, nous allons tous très bien. Nous sommes tous très très heureux. Vous ne me croyez pas ? Si, si, nous sommes très, très heureux".

 

 

 

"Les aventuriers" 2012 - 28.5 x 35.5 encre de chine et fusain sur papier.

L’artiste, peintre, dessinateur ou graveur, révèle une humanité, tout en clair-obscur, attendrissante et pitoyable à la fois. Mais derrière l’oeuvre, une personnalité se découvre : généreuse, discrète, d’une incroyable modestie. Il fait partie des « êtres rares qui vous donnent à penser que l’on a bien de la chance de les connaître, de les fréquenter et, honneur humaniste"

 

Dinah Sagalowitsch - ArtsHebdoMédias "Les mystères d'un humanistes 11 mai 2010.

 

 

 

 

 

"Le divin Toto" 2017 - Huile sur toile 116 x 89